Bio

 

"Documenter" Portrait par Florent Corda

En photographie, il ne faut pas seulement chercher la "plaque", il faut avant tout chercher à documenter sur ce que l'on voit, ce que l'on sent et sur ce que l'on sait d'une situation". Documenter pour Arnaud Roiné est un leitmotiv qui fait presque figure de ligne éditoriale dans son travail...
Des chambres noires de Clip Clap, petit laboratoire photographique de Chateau-Gontier, au sable malien en passant par les salons feutrés du palais de l'Elysée, Arnaud Roiné s'est suivi, lui et son désir de voir par l'objectif. Voir le monde où les autres ne sont pas. Son premier monde, ce sera la platitude des plaines Mayennaises où derrière les vitrines fumées du bar de ses parents, le bar de l'Espérance, il décortique les photos animalières de l'encyclopédie Tout l'Univers. Tout son univers se résume au club photo du lycée et aux petits boulots d'animateur de soirée qui lui permettront d 'acheter son premier appareil, un « Photo Sniper » de marque Zénith. Malgré les pesanteurs d'une famille où « la photographie n'est pas un métier », Arnaud suit son instinct, entre en CAP photo à Pruillé-le-Chétif, poursuit en apprentissage en bac pro photo à Rennes à travers l'institut de formation des apprentis (IFA). A l'IFA, un professeur lui « transmettra le virus » comme il aime à le dire. Il lui ouvrira la porte à des horizons aussi éclectiques que grandioses. De Mappletorp à Capa, de Cartier-Bresson à Winogrand, il n'est plus question de reportages animaliers, Arnaud veut raconter des histoires où l'homme en sera le protagoniste. Appelé sous les couleurs, il choisira les paras et sera, dès 1996, photographe militaire à la 11e division parachutiste basée à Toulouse. Chez les paras, il trouvera une nouvelle famille où les récits de Sniper Alley en Yougoslavie et  les heurts de Côte d'Ivoire animent les discussions. Lui aussi veut en être mais c'est un tout autre théâtre d'opérations qui lui est proposé. Affecté en 1998 au service audiovisuel de l'Elysée, il sera de tous les voyages officiels de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy en tant que photographe officiel. A destination de la presse, il photographiera l'histoire de la République tout en restant fidèle à sa maxime de regarder où les autres ne voient pas. Il aimera immortaliser le quotidien des petites mains de la première maison de France qui comme des fourmis s'acharnent à l'irréprochable. Huissiers, cuisiniers, gardes du corps, ils seront mis à l'honneur au travers d'un ouvrage et d'une exposition exposée sur les grilles du faubourg Saint-Honoré. Mais les récits de ses années « para » ne l'ont pas quitté. De plus, les photographes des pools et des grandes agences qu'il côtoie quotidiennement lui content eux-aussi des histoires de poudres et de chaos. Ici, ce sera l'Afghanistan qui sera au cœur des échanges. Il veut encore et toujours en être. Finis les grands sommets internationaux, finis les rencontres bilatérales, place aux théâtres d'opérations. En 2008, Arnaud intègre l'ECPAD où il deviendra très vite chef des reporters photographes. Sa première opération sera sur le sol afghan, à peine 6 mois après l'embuscade d'Uzbeen. Outre les images de communications officielles, il rapportera de la Kapisa des images de vie quotidienne des soldats français entre deux guerres. Sur l'eau à présent, il embarquera, en 2011, au large de la Libye lors de l'opération Harmattan. En vase clos, il peindra la guerre à travers les expressions de visages de ces pilotes et navigateurs qui décollent la nuit pour bombarder les colonnes de chars du colonel Kadhafi. Ce sera son premier « reportage référence » avant l'opération Serval au Mali en 2013, où, seul, il foulera les Ifogas et entrera dans Tombouctou. Présent où les autres ne sont pas, ses images serviront les médias et animeront les chroniques d'une guerre totale que la France redécouvre. 

Mais 2014 marquera un tournant dans sa carrière d'opérateur militaire.  En proie au virus Ebola, la Guinée reçoit l'aide médicale et matérielle de la France. Arnaud sera de cette aventure qui le marquera à vie. Intégré au cœur d'un centre de traitement, il verra la mort mais aussi des résurrections. Dans cette première approche, il ira plus loin pour voir où les autres ne vont pas et retournera en Guinée un an plus tard pour retrouver les guéris d'Ebola qu'il avaient rencontrés. Pour ce travail, il sera projeté à Visa pour l'Image 2016. C'est ce reportage qui le pousse à dire qu'il « commence aujourd'hui à vivre la vie qu'il voulait avoir à 25 ans ».      

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